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Patrimoine : La basilique cathédrale de Saint-Denis fait flèche de tout bois

auteurPierre Magnetto | Samedi 27 juin 2026 | 16:01
L’association Suivez la flèche qui mène le projet de reconstruction de la tour nord et de la flèche de la nécropole des rois a inscrit ce chantier exemplaire dans une dynamique à 360° qui, bien au-delà de sa dimension architecturale, devient un outil de développement culturel, social, touristique et économique du territoire.

« Notre projet est d'imposer la Fabrique de la Flèche comme lieu culturel incontournable. A partir d'octobre prochain on aura même une programmation culturelle avec des artistes qui viendront prolonger le travail du chantier et des artisans, qui permettront de nouer un dialogue entre l'art contemporain, la danse, la poésie, le théâtre, en résonance avec ce qui se passe sur le chantier ». Nicolas Matyjasik directeur de l’association Suivez la flèche porte une vision à 360° sur l’apport du chantier de reconstruction de la tour nord et de la flèche de la basilique cathédrale de Saint-Denis qui autrefois culminait à 90 mètres de hauteur. Pour lui, le projet « s’inscrit dans une dynamique globale, faisant du chantier un véritable projet de territoire. »

Un chantier technique ancré dans le rythme des saisons

Actuellement, les équipes terminent le premier étage de la tour nord avec la pose des chapiteaux. Le chantier respecte scrupuleusement le rythme naturel des saisons : si la taille de la pierre s'effectue tout au long de l'année, la pose s'interrompt entre novembre et mars. Cette contrainte est due à l'utilisation du mortier, qui ne peut pas prendre correctement par grand froid. L'objectif affiché est d'atteindre un tiers, voire la moitié de la tour avant le repos hivernal de novembre. Un aspect notable du chantier est la reconstruction, à l'intérieur de la tour, d'un escalier qui part du bas de la basilique et permet d'accéder directement à l'espace de reconstruction. Si le calendrier est maintenu, la livraison finale de la flèche prévue pour 2030 devrait être tenue.

La Fabrique de la Flèche : Un pôle pédagogique et de transmission

Mais le projet ne se limite pas à une simple reconstruction architecturale ; il englobe la création, l'histoire et la pédagogie. Au cœur de cette stratégie se trouve la Fabrique de la Flèche, un espace muséal et pédagogique ouvert depuis octobre. Ce lieu permet au public de découvrir les coulisses du chantier. L'accent est mis sur la transmission aux jeunes générations : entre octobre et juin, plus de 3 000 enfants du primaire ont participé à des ateliers de découverte des métiers de la taille de pierre et de l'histoire de la basilique. L'association collabore étroitement avec l'Institut pour les savoir-faire français pour faire de ce lieu une référence en matière de métiers d'art.  Plusieurs loges ont été créées au sein de la Fabrique pour permettre au public de découvrir la dizaine de métiers d’art œuvrant sur le chantier : la taille de pierre, la forge, les carrières notamment. Ces loges expliquent via des fiches et des vidéos tout le processus depuis l'extraction de la matière en carrière jusqu'au travail de la main humaine.

Rayonnement culturel et insertion sociale

L'impact du chantier sur le territoire est déjà tangible. « Depuis l'ouverture de la Fabrique, la fréquentation de la Basilique a augmenté de 15 à 20 % », note Nicolas Matyjasik. Pour renforcer cette dynamique, une campagne de communication dans le métro de Paris est prévue afin d'imposer la Fabrique comme une destination culturelle et touristique incontournable au nord de la capitale. La programmation culturelle évoquée par le directeur s’inscrit dans cette stratégie. Des conférences et des spectacles réguliers seront organisés, notamment dans un cinéma immersif, le Cube.

L'utilité sociale est également une priorité. Dès septembre, des dispositifs seront mis en place pour attirer les publics en insertion et susciter des vocations professionnelles chez les personnes en recherche d'emploi. L'association travaille aussi en réseau avec des acteurs prestigieux comme la Cité de l'architecture et du patrimoine, et a rejoint le réseau européen Europa Nostra, fédération en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel et naturel en Europe, pour donner au projet une dimension internationale.

Défis financiers et invitation aux entreprises

Malgré l'avancée du chantier, le bouclage financier reste un enjeu majeur. Il manque encore 4 millions d'euros pour finaliser le financement global. « Nous invitons les entreprises du territoire à venir découvrir le lieu, que nous pouvons privatiser pour les accueillir, et découvrir les métiers d’art, pour les inciter à s’embarquer dans notre projet de reconstruction », précise Nicolas Matyjasik. Dès le début du chantier, un système de financement participatif permettant à toutes et tous de parrainer une pierre avait été mis en place. Le dispositif va être relancé, « de manière plus simple, plus souple, plus facile." Soulignant que ce projet « est un projet de développement de territoire, de développement économique, de développement touristique », le directeur en appelle aussi à la participation des entreprises du territoire ».