Aménagement

Collectivités

Canicule : Des solutions low-tech pour limiter la surchauffe dans les écoles

auteurPierre Magnetto | Vendredi 26 juin 2026 | 17:39
A l’initiative du programme ACT’EE, le projet de recherche-action RACINE (Recherche sur l’Adaptation aux Canicules à l’Intérieur de Nos Écoles) lancé en 2025 accompagne une trentaine de communes sélectionnées par le biais de deux AMI dans la mise en œuvre de solutions simples pour limiter l’impact des fortes chaleurs dans les classes. Explications avec Amaury Fievez, doctorant en sciences des organisations et pilote du programme RACINE.

Vous pilotez le projet RACINE, de quoi s’agit-il ?

 

Racine est un projet de recherche-action qui vise à expérimenter la mise en œuvre de démarches low-tech pour adapter les écoles aux vagues de chaleur. Il s'intéresse non seulement aux techniques, mais aussi aux sciences organisationnelles et à la manière dont les humains interagissent avec les systèmes techniques. Ce programme repose sur trois piliers techniques principaux, qui ne relèvent pas de l'innovation technologique mais du bon sens : la protection solaire avec l’installation de volets, de persiennes, de voiles…, la ventilation nocturne avec notamment l’ouverture des fenêtre la nuit pour rafraîchir le bâtiment et, l’installation de brasseurs d’air au plafond.

 

L'approche se limite-t-elle à des installations matérielles ?

Non, le travail technique ne représente qu'une partie du projet. L'autre volet est organisationnel et concerne la gouvernance de l'école. Cela inclut la préparation de plans canicule ; l’organisation d’ateliers avec les enfants et les adultes usagers de l’école sur le confort thermique. L’approche conduit aussi à des changements d'habitudes, comme servir des repas froids à la cantine ou déplacer les cours dans des salles plus fraîches ou à l'extérieur. La mise en place de ces solutions de base permet de gagner entre 5 et 10 degrés à l'intérieur des classes. Par exemple, une fenêtre non protégée du soleil équivaut à un radiateur de 500 à 800 watts.

 

Pourquoi ces solutions sans cesse relayées dans les médias à chaque épisode de forte chaleur, ne sont-elles pas mise en œuvre spontanément par toutes les communes ?

 

Le blocage n'est pas technique mais souvent organisationnel et culturel. La gouvernance liée à l'école est très compliquée administrativement. La gestion des écoles implique de nombreux acteurs – personnels de l’Éducation nationale, personnels communaux, élus, services techniques, parents d’élèves - qui communiquent peu entre eux. Ne serait-ce qu’organiser des réunions plusieurs fois par an sur cette thématique avec tous ces acteurs, c’est déjà innovant. Mettre en place des décisions de bon sens dans ce contexte-là, c'est très compliqué. Les freins sont aussi culturels. Par exemple, la ventilation nocturne se heurte à la peur des intrusions. Bien qu'il existe des solutions avec le gardiennage ou la pose de barreaux, cela reste difficile à accepter culturellement en France. La difficulté est aussi d’ordre politique. Les changements de municipalités peuvent arrêter net des projets en cours par manque de compréhension ou par conflit politique.

 

Quel est le coût de ces interventions ?

Les travaux coûtent généralement entre 20 000 et 50 000 euros pour une petite école quand ils sont faits en régie. Si le montant est jugé accessible, le frein principal est administratif : il faut avoir anticipé ces dépenses dans les lignes budgétaires un an à l'avance. Mais une fois les lignes budgétaires validées, les réalisations prennent 12 à 18 mois. Notre programme de recherche doit durer jusqu'en décembre 2027. L'objectif est de diffuser les résultats le plus rapidement possible pour qu'une politique à plus grande échelle puisse être déployée dans les 50 000 écoles de France