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Crise migratoire : Une opportunité économique pour l’Europe

auteurPierre Magnetto | Jeudi 28 juin 2018 | 17:37
L’Europe n’a rien à craindre des flux migratoires qui depuis plusieurs mois ont provoqué de vives tensions entre pays de l’Union européenne. Au contraire, l’Europe a beaucoup à gagner selon une étude d’économistes du CNRS.

« Non, les demandeurs d’asile ne sont pas un « fardeau » pour les économies européennes. » Si le Centre national de la recherche scientifique intervient dans toutes les disciplines scientifiques, il est rare qu’il affiche un avis aussi tranché sur une question plus que politique sensible. C’est pourtant ce qu’il a fait en annonçant les résultats d’une étude réalisée par des économistes du CNRS, de l’Université Clermont-Auvergne et de l’Université Paris-Nanterre qui se basent sur une modèle statistique appliqué à 15 pays de l’Europe de l’Ouest depuis 30 ans. Dans leur étude, publiée dans la revue Science Advances le 20 juin, les économistes estiment qu’ « au contraire, l’impact économique tend à être positif lorsqu’une partie d’entre eux deviennent résidents permanent ».

15 pays de l’Europe de l’Ouest

Plus d’un million de personnes ont demandé l’asile dans l’un des pays de l’Union européenne en 2015, ce qui en fait une année record. Si cette étude n’est pas la première à se pencher sur la question, la méthode utilisée est nouvelle. En effet, les approches traditionnelles sont principalement comptables : elles comparent les impôts payés par les immigrés aux aides publiques qui leur sont versées mais ne tiennent pas compte des interactions économiques.

Les chercheurs ont eu recours à un modèle statistique introduit par Christopher Sims, lauréat en 2011 du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel. Très utilisé pour évaluer les effets des politiques économiques, il laisse parler les données statistiques en imposant très peu d’a priori. Les données macroéconomiques et les données de flux migratoires utilisées proviennent d’Eurostat et de l’OCDE et concernent 15 pays d’Europe de l’Ouest : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Islande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume- Uni et Suède.

Une opportunité économique

Au cours de la période étudiée (1985-2015), l’Europe de l’Ouest a connu une augmentation importante des flux de demandeurs d’asile suite aux guerres dans les Balkans entre 1991 et 1999 et à partir de 2011 à la suite des Printemps arabes et du conflit syrien. D’autre part, les flux de migrants, notamment intracommunautaires, ont augmenté après l’élargissement de l’UE vers l’est en 2004. « Autant d’occasions de tester les conséquences d’une augmentation non anticipée des flux migratoires sur le PIB par habitant, le taux de chômage et les finances publiques » selon les scientifiques.

Les chercheurs montrent qu’une augmentation de flux de migrants permanents (c’est-à-dire hors demandeurs d’asile) à une date donnée produit des effets positifs jusqu’à quatre ans après cette date : le PIB par habitant augmente, le taux de chômage diminue et les dépenses publiques supplémentaires sont plus que compensées par l’augmentation des recettes fiscales. Dans le cas des demandeurs d’asile, aucun effet négatif n’est observé et l’effet devient positif au bout de trois à cinq ans, lorsqu’une partie des demandeurs obtient l’asile et rejoint la catégorie des migrants permanents. « Selon ces résultats, il est peu probable que la crise migratoire en cours soit une charge pour les économies européennes : au contraire, elle pourrait être une opportunité économique » concluent les économistes.