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Bioéconomie : Bazancourt-Pomacle un modèle européen de bioraffinerie

auteurPierre Magnetto | Jeudi 07 mars 2019 | 16:05
Valoriser la biomasse pour produire des molécules venant se substituer à celles issues de la chimie et de la pétrochimie est un des enjeux de la transition vers une économie verte. Le pôle de compétitivité IAR vient d’enregistrer le renouvellement de son label tandis que le site de Bazancourt-Pomacle est reconnu comme l’un des exemples les plus aboutis de bioraffinerie en Europe.

C’est avec une certaine satisfaction que Jean-Marie Chauvet, directeur de la Fondation Jacques de Bohan qui a pour vocation de promouvoir la bioécoomie et l’écosystème de la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle dans la Marne, a accueilli la bonne nouvelle. Le 5 février dernier le pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (IAR), a vu confirmer par le premier Ministre sa « vocation mondiale ». C’était la conclusion de l’appel à candidature pour la phase 4 des pôles de compétitivité pour la période 2019-2022. IAR, avec ses 380 adhérents, a pour vocation de valoriser la biomasse pour  accélérer la transition énergétique. Donc satisfaction oui, après l’annonce faite par Matignon  mais pas vraiment une surprise : « contribuer à la transition d’une économie basée sur les énergies fossiles et la chimie, vers  une économie verte, en sachant que nous sommes considérés comme un pôle de référence en la matière, c’est contribuer à apporter des réponses à un grand enjeu planétaire », commente Jean-Marie Chauvet.

De la pétrochimie à la chimie verte

IAR est localisé sur 4 sites à cheval sur deux régions : Compiègne, Beauvais et Amiens dans les Haut de France et Bazancourt-Pomacle dans le Grand Est. C’est sur ce dernier site qu’est localisée la bioraffinerie dont la Fondation est à la fois l’ambassadeur et le promoteur. Basée sur un site de plus de 260 hectares, la bioraffinerie a pour vocation de transformer des agroressources en produits biosourcés pour l’agriculture, la chimie verte, la cosmétique et les bioénergies. Des produits appelés à remplacer ceux utilisés à ce jour dans ces branches industrielles mais issus de la chimie ou de la pétrochimie. Le développement de cet écosystème dont l’origine remonte au début des années 1950 est le fruit de la volonté de la part de coopératives agricoles souhaitant valoriser et trouver des débouchés pour la biomasse issue de la transformation de leurs productions.

Un écosystème complexe

Aujourd’hui, Vivescia qui regroupe 11 000 producteurs de céréales et Cristal Union qui rassemble 10 000 coopérateurs producteurs de betteraves, restent la pierre angulaire de ce qui est devenu un véritable écosystème. Au fil de temps il s’est en effet développé pour abriter aujourd’hui un centre privé de recherche et développement (ARD), des organismes de recherche et de formation universitaire (Centre européen de biotechnologie et de bioéconomie constitué notamment autour de Centrale-Supélec et AgroParisTech), un démonstrateur industriel (Biodemo), un pilote d’éthanol 2eme génération (Projet FUTUROL), un producteur de cosmétiques verts (Givaudan), une distillerie (Cristanol).  A cela, il faut encore ajouter une ferme expérimentale de 500 ha dont la mission est  de conduire des expérimentations pour améliorer la durabilité et la performance des productions agricoles, ainsi qu’un parc d’activité destiné à accueillir de nouvelles entreprises investies champ de la bioéconomie.

La première plateforme d’innovation ouverte de France

La bioraffinerie n’a pas de statut juridique propre, mais elle a permis la mise en synergie de tous ces acteurs, notamment par le biais de participations croisées au capital de certaines d’entre elles. Elle a aussi permis l’arrivée sur le site de partenaires comme Air Liquide qui récupère et valorise le CO2 issu du processus de production de l’éthanol. La bioraffinerie de Bazancourt-Pomacje est aujourd’hui reconnue comme l’un des exemples les plus aboutis de bioraffinerie à l’échelle européenne. La plate-forme d’innovation BRI (bioraffinerie recherches & innovations) que constitue ce complexe agro-industriel a été la première plateforme d’innovation ouverte labellisée par l’État dans le cadre de la politique des pôles de compétitivité en 2009. En 2005, c’est après une visite du site que Jacques Chirac avait annoncé le lacement du dispositif des pôles de compétitivité.