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Agro-écologie : Un gain écologique et économique

auteurPierre Magnetto | Dimanche 26 février 2017 | 17:14
L’agro-écologie est-elle compatible avec la compétitivité de l’agriculture française ? Pour le député Dominique Potier, co-président du comité de suivi du plan Ecophyto 2, la réponse est oui. Face à une demande accrue des consommateurs, à la révélation de l’impact sanitaire et environnemental de l’usage de produits phytosanitaires les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à s’engager dans la transition écologique de leur activité.

Agro-écologie et rentabilité et compétitivité des exploitations agricoles sont-elles compatibles ? C’est la grande question et sans doute la clef de la réussite de la transition écologique de l’agriculture, question à laquelle Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle, co-président du comité d'orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto 2, répond « oui », sans l’ombre d’un doute. « L’écologie n’est pas l’adversaire de l’économie » assène-t-il lui qui, dès 2014, dans Les champs du possible, un rapport sur la mise en œuvre du plan Ecophyto 1, en a exploré toutes les composantes.

L’agriculture écologique, garantit des pratiques agricoles utilisant moins, voire pas du tout, d’intrants (engrais, pesticides…), et une consommation moindre d’énergies fossiles. Pour ses partisans, c’est la garantie de pratiques agricoles durables et saines, respectueuses de l’environnement et, d’une alimentation de qualité. En décembre 2012, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a lancé son Projet agro-écologique pour la France, promouvant un changement des modes de production encouragé par la Loi pour l’avenir de l’agriculture et de la forêt, dont le plan Ecophyto visant une forte réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires est une des déclinaisons.

Un forte pression des consommateurs

« Les premières diminutions d’utilisation de pesticides enregistrées en 2015 s’appuient sur un mouvement de prise de conscience et d’évolution de toute la filière agroalimentaire qui cherche à produire avec moins de phytos car cela répond à une demande plus en plus grande des consommateurs », note Dominique Potier. Cette évolution de la demande, devient de plus en plus tangible. Le 21 février dernier, l’Agence bio, une plateforme nationale d’information et d’actions pour le développement de l’agriculture biologique, soulignait chiffres à l’appui que le « bio change d’échelle ». 89% des Français en ont consommé au moins une fois en 2016 et 69% disent en consommer régulièrement. Entre 2015 et 2016, le montant de la vente des produits bio a dépassé les 7 milliards d’euros, contre 5,76 milliards d’euros en 2015, soit un gain d’environ 20%. Quant aux exploitations converties, leur nombre est aussi à la hausse puisqu’en 2016 on comptait 47 185 opérateurs exerçant des activités bio sur le territoire, 11,5% de plus qu’en 2015, dont 32 326 exploitants agricoles bio, soit 12% de plus que l’année précédente.

Si agro-écologie ne signifie pas agriculture biologique, ces chiffres attestent que les Français accordent de plus en plus d’importance à la préservation de l’environnement dans leurs achats de produits agroalimentaires et que la filière est loin d’y rester insensible. « Au-delà du bio, il y a une demande de produits moins chargés en phytos. Nombreux sont les grands industriels qui, eux-mêmes, sont bien plus exigeants que les directives européennes ou que la réglementation française », note le député de Meurthe-et-Moselle.

Des risques sanitaires avérés

L’impact de l’utilisation de pesticides est aussi sanitaire comme l’a démontré une étude collective de l’Inserm publiée en 2013. « Depuis les années 1980, les enquêtes épidémiologiques ont évoqué l’implication des pesticides dans plusieurs pathologies chez des personnes exposées professionnellement à ces substances, en particulier des pathologies cancéreuses, des maladies neurologiques et des troubles de la reproduction. Ces enquêtes ont également attiré l’attention sur les effets éventuels d’une exposition même à faible intensité lors de périodes sensibles du développement, in utero et pendant l’enfance », notaient les scientifiques. La mise en évidence de risques liés aux perturbateurs endocriniens accentue la pression sur la filière. « Si vous polluez l’eau, il faut la dépolluer et ça coûte une fortune. Si vous fabriquez des aliments nuisibles pour la santé, il faut soigner, réparer, et cela coutre très cher aussi », poursuit Dominique Potier.

Un bénéfice économique, environnemental et social

Le  co-président du comité de suivi d’Ecophyto affirme donc sa « conviction que la mise en œuvre du plan est compatible avec la compétitivité de nos entreprises agricoles ». Plusieurs arguments plaident en ce sens. Le premier est que, « contrairement aux idées reçues », les choix d’une agriculture écologique « ne se traduisent pas systématiquement par des baisses de production ». Le bénéfice est à la fois économique (moins de produits phytosanitaires à acheter), environnemental (moins d’impact sur l’environnement), et social (moins de conséquences sanitaires). L’autre argument développé est que, l’agro-écologie est « compatible avec l’impératif de nourrir 10 milliards de personnes en 2050 ». Ce serait même la seule voie possible car, comme le souligne un rapport des Nations unies sur l’alimentation, le système mondial de production basé sur l’utilisation intensive des intrants est aujourd’hui « à bout de souffle ».

« Ceux qui éliminent le plus les produits phytosanitaires sont aussi ceux qui gagnent le mieux leur vie sur leur exploitation », affirme Dominique Potier.  « L’écologie n’est pas l’adversaire de l’économie. Est-ce que ça peut nourrir le monde ? Est-ce que c’est compétitif ? Sur ces deux questions la réponse est oui », conclut-il résolument.