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Grands travaux

Marseille SNCF : La gare Saint-Charles ira au sous-sol

auteurJulie MATAS | Jeudi 28 juin 2018 | 18:08
Le projet de construction d’une nouvelle gare souterraine à Saint-Charles est lancé. Congestionnée par sa conception en cul-de-sac, la gare actuelle ne permet pas d’anticiper le quasi-doublement du trafic de passagers attendu pour 2040.

Une gare Saint-Charles souterraine pour doubler la gare actuelle, ce n’est pas pour tout de suite, mais le projet est sur les rails. L’infrastructure nouvelle pourrait accueillir son premier train à quai en 2028. Elle constituera une des pièces maîtresses de la nouvelle ligne qui à l’horizon 2030 reliera Marseille à Nice, la NLPACA. « Actuellement nous avons une gare en cul-de-sac, chaque mouvement de train est doublé, un passage pour entrer, un autre pour sortir, les trains doivent passer deux fois, ce qui est à l’origine des difficultés actuelles », explique Roland Legrand, directeur des gares nouvelles à la direction du design de SNCF Réseau, responsable du projet. En d’autres termes, la gare est devenue un véritable goulot d’étranglement, elle est à saturation et les contraintes pèsent lourd sur la gestion de l’infrastructure et des trains.

Ces difficultés, les usagers de la gare, notamment les voyageurs empruntant le TER, les connaissent, ce sont les retards et les annulations de trains. Et il y a peu de chances pour que la situation aille en s’améliorant.  « 11 millions de voyageurs en 2009, 13 millions en 2016 et probablement plus de 23 millions en 2040, cette hausse est d’abord liée à l’accroissement des TER », explique Roland Legrand. La situation de Saint-Charles s’inscrit dans une problématique de transport au niveau régional, marqué par la congestion croissante des réseaux routiers autour des grandes agglomérations, ce qui devrait favoriser le report modal.

La désaturation du nœud ferroviaire de Saint-Charles

Compte tenu de la configuration de Saint-Charles, de la densité du quartier, il était impossible de créer de nouvelles voies, la gare ne pouvait être que souterraine. La nouvelle plateforme sera traversante. Les trains circulant du nord vers l’est, ou dans l’autre sens, marqueront l’arrêt à Marseille, mais entreront par un côté de la station pour en ressortir de l’autre, ce qui permettra de doubler le trafic. « Le fait qu’elle soit souterraine va nous permettre d’engager les travaux sur les réseaux existant sans altérer l’exploitation de la gare », ajoute-t-il.

« La désaturation du nœud ferroviaire de Marseille, et en parallèle de celui de Nice, était la condition préalable à l’ouverture de la NLPACA », poursuit le responsable du projet. Sur la Côte d’Azur, la solution retenue est de créer une nouvelle ligne de 24  kilomètres entre Cannes et Nice formant une boucle ferroviaire avec la ligne existante, pour permettre d’éviter là aussi l’effet cul-de-sac. Le projet prévoit la construction de 2 nouvelles gares, l’une à Nice Aéroport, l’autre à l’ouest du département. « Après tout ça, nous pourrons nous occuper du corridor varois et du doublement de la ligne. » Cela permettra de multiplier par deux la fréquence des TER qui passera de 4 à 8 à l’heure, soit la capacité de faire passer un train toutes les 7 minutes.

1 milliard d’euros pour Saint-Charles

La réalisation de la totalité du projet nécessite un investissement colossal, plus de 6,5 milliards d’euros. La plus grande part financera la partie azuréenne du projet, 2,4 milliards iront à la partie Marseille et Bouches-du-Rhône, dont 1 milliard pour la nouvelle gare. Située dans l’espace Cour des Abeilles, dans la zone où se situent les ateliers de remisage des trains, la gare sera enfouie à 25 mètres de profondeur, mesurera 400 mètres de long pour 58 mètres de large et disposera donc de 4 voies. « L’infrastructure a été construite au XIXe siècle, il fallait la moderniser. La présence d’une offre ferroviaire régionale plus fiable va favoriser le transfert modal d’un réseau routier saturé vers le train. Si ça ne se fait pas assez aujourd’hui, c’est justement parce que nous n’avons pas l’infrastructure qu’il faut ». Reste l’épineuse question du financement. La commission des finances ne s’est pas encore réunie, mais le projet a les faveurs aussi bien de l’Etat que des collectivités territoriales. « Les acteurs territoriaux attendent fortement la réalisation de ce projet », affirme Roland Legrand.